Une victoire contre l’accaparement des terres

31.08.2020
Photo: Marion Nitsch

Miges Baumann occupe le poste de responsable Politique de développement chez Pain pour le prochain.

Foto: Brot für alle/Walhi

Un village sauve sa forêt

Des nouvelles encourageantes nous parviennent ces jours d’Indonésie : la population indigène de Silit, un village de Kalimantan occidental, récupérera sa forêt ! Le gouvernement a en effet admis sa requête et reconnu que l’exploitation traditionnelle est un mode de gestion durable de la forêt.

Plantons tout de suite le décor initial de ce succès : collines rasées là où s’étendait la forêt vierge, ruisseaux pollués, villageois courroucés, c’est une véritable scène de destruction sauvage que transmettent les images prises en décembre 2015 par l’un des employés de notre partenaire Walhi dans le village de Kuai (Kalimantan occidental).

Présentons maintenant les personnages principaux : dans le mauvais rôle, deux filiales du producteur d’huile de palme Dharma Satya Nusantara (DSN) qui, en 2014, avaient fait main basse sur 85 hectares de terre à Kuai. « Le producteur d’huile de palme est arrivé comme un voleur et a déboisé notre forêt sans l’autorisation du village », rapporte Pak Toni, un paysan de Kuai qui n’a pas froid aux yeux.

Dans le rôle du banquier, l’acteur helvétique Credit Suisse, qui avait déjà organisé deux levées de fond pour DSN, une bonne raison pour que Pain pour le prochain demande en 2015 à Walhi d’enquêter sur les activités d’entreprises financées par le Credit Suisse et d’autres banques suisses. Nos soupçons ont été confirmés : l’industrie de l’huile de palme ne fait pas que détruire la forêt primaire, elle est aussi l’une des principales causes de l’accaparement des terres.

Soutien et médiatisation

Découvrons à présent les héros de ce récit : les villageois·e·s de Nanga Pari, à huit heures de route défoncée de Sintang, la capitale du district, qui ne décolèrent pas après le vol des terres commis par les plantations. Révoltés, ils appellent Walhi à l’aide, à un moment où Pain pour le prochain commence à cofinancer les activités locales de ce partenaire.

Foto: Lorenz Kummer/Brot für alle
Comptant environ 500 âmes, Kuai est l’un des six villages de la commune de Nanga Pari. Silit, qui compte 4000 hectares, est celui qui est le plus étendu.

Depuis 2015, Nanga Pari est en ébullition. Lors de mes visites annuelles, réalisées en collaboration avec Walhi, j’ai souvent été accompagné par quelqu’un venant de l’extérieur : le réalisateur François von Sury en 2016 (film en allemand), la journaliste radiophonique Karin Wenger (reportage en allemand) en 2018 et le responsable médias de Pain pour le prochain en 2019.

Contrairement à Kuai, la forêt primaire de Silit est aujourd’hui encore intacte. Je me souviens comme si c’était hier de ma première visite de ce village idyllique en compagnie d’Anton Widiaya, alors directeur de Wahli. Sur le cours supérieur de la rivière que l’on atteint après un trajet périlleux en moto et une longue marche, un bassin, alimenté par une cascade d’eau cristalline, invite à la baignade dans un écrin de verdure.

Foto: Lorenz Kummer/Brot für alle

Déterminés et préparés

Anton est tellement emballé par le paysage intact et par l’hospitalité des habitant·e·s qui veulent préserver leur entourage par tous les moyens qu’il échafaude sur place un plan d’aide et en discute avec les villageois·es. Selon une démarche déjà pratiquée dans d’autres villages, Walhi entend protéger les terres indigènes au moyen de « cartes topographiques participatives ». Il a fallu de longues journées de marche au milieu de la jungle pour déterminer les coordonnées GPS correctes avant de dresser, en 2019, la carte topographique de Silit, « officialisée » lors d’une grande fête villageoise.

La joie est de courte durée : le gouvernement régional n’accepte pas de classer parmi les terres indigènes traditionnelles les 4000 hectares de surface agricole et forestière que Silit a délimités, car il considère que la forêt est la propriété du gouvernement. De la sorte, elle peut être cédée à des plantations ; pour y remédier, Wahli organise une visite sur place du 10 au 14 août 2020 et y invite les fonctionnaires du gouvernement.

Une opération couronnée de succès : les fonctionnaires se convainquent que les indigènes ont bien préservé la forêt et qu’ils continueront à l’exploiter sans la détruire. Dans la foulée, le gouvernement régional de Sintang reconnaît le droit coutumier des indigènes de Silit sur leurs terres et assimile leur mode de gestion forestière à celui de l’exploitation industrielle. Un pas décisif pour empêcher l’octroi de concessions à des plantations.

Un obstacle se dresse encore sur la voie de la restitution de la forêt au village : les charges qu’y attache le gouvernement. Heureusement, les habitant·e·s de Silit et les employé·e·s de Walhi sont bien préparés : pas plus tard que le 18 août, ils montrent aux fonctionnaires comment ils comptent acquitter ces charges. Pendant la même période, des représentants de Wahli se rendent au ministère de la sylviculture à Jakarta, à la suite de quoi le gouvernement central donne lui aussi son approbation à la restitution de la forêt au village de Silit.

Silit pour exemple

C’est un succès sur toute la ligne pour Silit et pour Wahli ! Notre partenaire continuera à aider la population à satisfaire aux conditions formulées par le gouvernement. Cerise sur le gâteau, l’office du tourisme de Sintang vante désormais les attraits écologiques et culturels d’un site géré par la communauté.

C’est ainsi un garde-fou de plus qui préserve le territoire de Silit contre l’avidité des plantations et des mines. Premier village du district à qui l’État restitue sa forêt, Silit fait désormais figure de référence dans la lutte contre l’accaparement des terres.

Les paroles de Nikodemus Ale, le nouveau directeur de Walhi Kalimantan occidental, nous vont droit au cœur : « Tout cela a été possible grâce au soutien de Pain pour le prochain. Un grand merci ! »

 

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