Une agriculture locale et souveraine

25.05.2021
Baimey

Ange-David Baïmey est spécialiste des questions liées au climat et
à l’accaparement des terres chez Grain * en Afrique.

« Nous avons le droit de produire notre propre nourriture »

En novembre 2021 se tiendra le sommet des Nations Unies sur les systèmes alimentaires durables. Grain estime que ces systèmes doivent promouvoir la souveraineté alimentaire et l’agroécologie et oeuvre en ce sens depuis 30 ans aux côtés du mouvement paysan international La Via Campesina et de nombreux autres groupements locaux, communautés indigènes et initiatives féministes. Le concept de système alimentaire met en évidence que tout est en interrelation dans le monde qui nous entoure. Ainsi, lorsque nous détruisons des forêts ou d’autres écosystèmes au profit de plantations d’hévéas ou de palmiers à huile, nos actions auront nécessairement des répercussions sur notre environnement, notre vie et notre santé. La crise liée au coronavirus met en exergue ces interactions.

Si nous souhaitons aborder l’agriculture et l’alimentation sous un angle global, voire systémique, il nous faut donc mettre à profit les interdépendances qui lient les producteurs·trices à la nature, la biodiversité à la diversité culturelle, les savoirs traditionnels à l’apprentissage collectif et à l’innovation, les communautés locales aux institutions publiques. Or, le sommet à venir n’apportera vraisemblablement aucune avancée en ce sens, car il s’engage à cet égard sur une voie fondamentalement erronée, marquée par l’absence de transparence et de démocratie. Aucune organisation de la société civile représentant les communautés locales et indigènes ou les petits producteurs·trices n’est en effet associée à l’événement, organisé en étroite collaboration avec le Forum économique mondial (FEM). Au contraire, l’ordre du jour du sommet est même en grande partie déterminé par les multinationales qui négocient les denrées alimentaires avant tout comme des marchandises en vue de générer des profits. Les chaînes d’approvisionnement mondiales de ces grands groupes reposent sur la production industrielle en masse, mettent en opposition la nature et l’être humain, saucissonnent la production en une multitude d’étapes et isolent les différents acteurs·trices en leur sein.

Pour être durables, il faut que les systèmes alimentaires s’appuient sur des systèmes locaux solides et souverains, lesquels reposent à leur tour sur d’authentiques marchés, permettant aux paysan·ne·s de rencontrer les transformateurs·trices de denrées alimentaires, les négociant·e·s et les consommateurs·trices et de traiter directement avec eux. Nous avons le droit de produire notre propre nourriture, de façon diversifiée et souveraine. Pour que la population de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Ghana ou de toute autre région de la planète puisse véritablement tirer parti du commerce international, il est primordial de procéder à une refonte totale des règles qui le régissent. Il est alarmant que les multinationales puissent désormais exercer une mainmise sur les débats et négociations relatives aux systèmes alimentaires qui se déroulent dans l’enceinte des Nations Unies.

* Partenaire de longue date de Pain pour le prochain, Grain est une petite organisation internationale qui fut la première à inscrire la problématique de l’accaparement des terres à l’ordre du jour international.


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Ce blog est issu de notre journal Perspectives.

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