Un accord infondé, révoltant et dangereux

08.09.2020
tina_Goethe

Tina Goethe occupe le poste de cheffe d’équipe Droit à l’alimentation chez Pain pour le prochain.

La réforme agraire et l’initiative pour des multinationales responsables battues en brèche par un accord scandaleux

À la fin du mois d’août, la Commission de lʼéconomie et des redevances du Conseil des États a décidé de suspendre la réforme agraire PA22+ lancée par le Conseil fédéral. À cet égard, l’hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung a mentionné la conclusion d’un accord entre Markus Ritter, président de l’Union suisse des paysans (USP) et Ruedi Noser, conseiller aux États libéral-radical du canton de Zurich et représentant d’economiesuisse. Afin de porter un coup d’arrêt à la réforme agraire condamnée par une partie des agriculteurs·trices suisses, Markus Ritter s’est acquis le soutien du PLR. En contrepartie, le président de l’USP a accepté d’appuyer le rejet de l’initiative pour des multinationales responsables au sein de sa fédération. « Nous recommandons le rejet à notre base et militerons également en ce sens. Il est important que les organisations professionnelles collaborent », peut-on lire en substance dans le SonntagsZeitung. Et Markus Ritter d’ajouter : « À nos yeux, il est essentiel que les grandes organisations professionnelles s’entraident sur des questions fondamentales. »

J’estime que cet accord est infondé, révoltant et dangereux.

Infondé, puisque les agriculteurs·trices suisses ne sont pas concernés par l’initiative. En outre, je ne vois pas pourquoi l’USP devrait prendre position à ce sujet.

Révoltant, car, contrairement aux agriculteurs·trices suisses, les paysan·ne·s des pays en développement sont particulièrement touchés par cette initiative et pourraient bénéficier de sa mise en œuvre. Au Liberia et en Indonésie, par exemple, des sociétés productrices d’huile de palme privent des familles paysannes de leurs terres afin d’y installer des plantations. Des abus auxquels des entreprises suisses prennent part, dans ces deux pays. Or, si l’initiative venait à être adoptée, celles-ci pourraient enfin être amenées à répondre des violations des droits humains qui leur sont imputables. Afin de témoigner leur solidarité envers leurs confrères et consœurs dans ces pays, les paysans et paysannes suisses devraient donc soutenir l’initiative et voter « oui » le 29 novembre.

Dangereux, parce qu’il mine la crédibilité de notre démocratie. Sans compter celle de l’Union suisse des paysans.

Par le passé, j’ai organisé plusieurs manifestations à l’Olma, telles que la « caravane des semences » à travers la Suisse ou l’événement international « Schwingen gegen den Hunger », et ce aux côtés de représentant·e·s de l’USP. Contrairement à la position de leur président actuel, ceux-ci soulignaient toute l’importance de manifester notre solidarité envers les paysans et paysannes des pays du Sud.

À l’heure actuelle, les 106 membres de la chambre d’agriculture de l’USP ne se sont pas encore prononcés sur l’initiative pour des multinationales responsables. J’espère sincèrement que les paysans et paysannes suisses siégeant dans cet organe rejetteront catégoriquement les manœuvres politiques de leur président et témoigneront leur solidarité à leurs confrères et consœurs du Sud.

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