Séance du Tribunal sur le Congo à Zurich

23.10.2020
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Nina Burri est responsable Entreprises et droits humains chez Pain pour le Prochain

S’il ne saurait se substituer à la justice, l’art dramatique n’en vient pas moins au secours des victimes

Au Schauspielhaus de Zurich, le metteur en scène bien connu Milo Rau et son équipe ont représenté une audience du Tribunal sur le Congo centrée sur les actions du géant minier Glencore en République démocratique du Congo (RDC). L’audience a beau s’être tenue dans un théâtre, les intervenant·e·s n’étaient pas des acteurs ou des actrices, mais des témoins et des expert·e·s venus déposer. Quelle peut toutefois être l’utilité d’un tribunal de ce genre pour la population lésée ?

Ce n’était pas la première fois que l’équipe de Milo Rau mettait en scène une audience fictive, puisque la première séance du Tribunal sur le Congo remonte à 2015. Le film tiré de cette représentation a ensuite fait le tour des salles de cinéma du monde entier, jetant un coup de projecteur sur les conflits en RDC. Mais ce n’est pas tout : la séance fictive a eu des conséquences réelles sur le terrain. Ainsi, un ministre a même été démis de ses fonctions après son intervention maladroite. L’audience a aussi mis en branle d’autres changements, même s’ils sont lents.

Le Tribunal sur le Congo montre que l’art peut être un catalyseur des transformations et un révélateur du passé, comme l’ont reconnu des chercheurs et chercheuses qui étudient le travail de mémoire et la gestion des conflits. Nous avons ainsi assisté ces dernières années à l’éclosion de forums en tout genre, comme des commissions « Vérité et réconciliation » ou des tribunaux pénaux nationaux ou internationaux, au sein desquels des victimes de graves atteintes aux droits humains ont pu s’exprimer. Et lorsque, dans certains conflits, les rapports de pouvoir ne permettaient pas d’organiser ce genre d’événements, le simple fait qu’un comédien ou qu’une troupe de théâtre locale aborde des sujets encore tabous sur le plan politique était déjà d’une grande utilité pour les victimes. Dès lors, ces manifestations artistiques peuvent, au côté de la voie judiciaire, apporter un soutien décisif aux victimes individuelles et collectives qui cherchent à surmonter leurs traumatismes.

Le dernier rapport de Pain pour le prochain et d’Action de Carême montre combien il est difficile pour les victimes d’abus en tout genre d’obtenir justice au Congo. Dans leur cas aussi, des gestes symboliques ou artistiques peuvent être d’un précieux secours, et c’est là tout le sens du Tribunal sur le Congo : créer un espace permettant de mettre en lumière les différentes facettes du conflit en RDC. Toutefois, il souligne aussi l’impérieuse nécessité de garantir l’accès à la justice et le bon fonctionnement du système judiciaire pour apporter une solution durable aux conflits.

C’est dire toute l’importance de nous engager pour que les victimes puissent avoir accès à un procès équitable digne de ce nom. La possibilité d’intenter une action en justice en Suisse, comme le demande l’initiative pour des multinationales responsables, est une des façons de garantir ce droit. Tant que cela ne sera pas une réalité, créer des espaces pour que les victimes puissent se faire entendre gardera toute son utilité.

La séance du 25 octobre 2020 peut être visionnée sur la page Facebook de l’IIPM.

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