Pleins gaz sur la loi sur le CO2 !

03.06.2021
karin mader

Karin Maderest responsable Économie et Droits humains chez Pain pour le prochain

L’automobile, un secteur en pleine mutation

En 2020, en pleine pandémie, les ventes de voitures électriques ont bondi de près de 50 % en Suisse – alors que les ventes totales chutaient de 24 % –, et cette tendance se poursuit cette année : au premier trimestre, les véhicules électriques et hybrides détiennent déjà une part de marché de respectivement 8,5 et 7,9 %. Le durcissement des normes en matière d’émissions de CO2 pour les voitures neuves, applicables dès le début de cette année, ne fera que renforcer cette tendance. Toutefois, au lieu de se réjouir de la hausse de ses revenus induite par l’électrification du parc automobile et de contribuer à poser les jalons de ce nouveau marché, le secteur automobile suisse laisse passer le train et se lamente de la hausse des taxes prélevées sur les carburants fossiles comme le diesel et l’essence. Il serre ainsi les coudes avec l’aéronautique et le secteur pétrolier pour faire feu de tout bois contre la loi sur le CO2 et défendre un modèle d’affaires qui alimente le dérèglement climatique.

Mise sur pied d’une entreprise de recyclage

Toutefois, en coulisse, le secteur automobile a manifestement compris les signes du temps : le 24 avril 2021, la Neue Zürcher Zeitung (NZZ) consacrait ainsi un article à la mise sur pied en Suisse du premier site de recyclage de voitures électriques, voulu par Auto-Suisse, la faîtière des importateurs de voitures, qui sera au service des 58 marques qu’elle représente. Le canton de Soleure accueillera ainsi une usine capable de recycler un millier de voitures électriques à partir de 2024, une capacité qui sera portée à 10 000 unités dix ans plus tard. Selon la NZZ, l’entreprise baptisée « Librec » (abréviation de « lithium-battery recycling ») recevra le soutien de l’Empa et des subventions de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Avec Librec, le secteur automobile veut faire coup double : résoudre le problème de l’élimination des batteries, le composant le plus problématique des véhicules électriques, et empêcher que ces batteries, actuellement exonérées, soient assujetties à la taxe anticipée de recyclage perçue par la Confédération. L’idée est de confier la gestion du système d’élimination aux importateurs automobiles, la Confédération se bornant à exercer un contrôle. Toujours selon la NZZ, ce système serait financé par une contribution acquittée à l’achat du véhicule et par la vente des matières premières issues de la filière de recyclage.

Dans le domaine du recyclage, un pas supplémentaire s’impose : selon l’étude « Les batteries – L’élément crucial de la mobilité électrique » de Pain pour le prochain, Action de Carême et l’Association transports et environnement ATE Suisse datant d’août 2020, il faudrait garantir la réutilisation non seulement des matières premières rentables, mais aussi de l’ensemble des composants des batteries électriques. En effet, les matières premières secondaires issues de la filière de recyclage contribuent à atténuer l’impact de l’extraction des matières primaires sur l’environnement et les moyens de subsistance de la population vivant à proximité des mines.

L’essor des importations de véhicules électriques et le projet d’usine de recyclage de batteries montrent que le secteur automobile prend déjà des dispositions importantes pour contribuer à la justice climatique et à la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat, deux démarches alignées sur les objectifs de la loi sur le CO2, et notamment la réduction de moitié, d’ici 2030, des gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990. Mais ce n’est pas tout : si l’on réfléchit bien, la nouvelle loi donnerait des ailes au projet de recyclage. Au lieu de se lamenter de la disparition du modèle obsolète qui a fait son succès jusqu’ici, reposant sur les énergies fossiles, le secteur automobile pourrait se renforcer davantage s’il accomplissait logiquement un pas de plus et mettait pleins gaz sur la loi sur le CO2 !

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