Mali : les risques de l’engagement

30.07.2020
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Ester Wolf occupe le poste de responsable
Droit à l’alimentation chez Pain pour le prochain.

Agression à main armée contre un partenaire de Pain pour le prochain

Dans la nuit du 22 juin, six hommes cagoulés et habillés en tenue militaire ont pris d’assaut la demeure de Massa Kone, à proximité de Bamako. Lourdement armés, ils ont tiré la famille de son sommeil et pointé leurs fusils sur les enfants ; ils cherchaient Massa Kone, qui était heureusement absent. Voilà déjà longtemps que, craignant pour sa sécurité, il ne dort plus chez lui. Les agresseurs ont aussi réclamé son ordinateur. Pour ne pas repartir bredouilles, ils ont fait main basse sur les clés USB, les téléphones et tous les objets de valeur. La famille de Massa Kone en a été quitte pour la peur, mais le traumatisme est fort, surtout pour les enfants.

Il est dangereux de défendre le droit à la terre

Employé de la Convergence malienne contre l’accaparement des Terres (CMAT), Massa Kone est aussi le porte-parole de la Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau – Ouest Africaine (CGLTE OA), fer de lance de la lutte pour le droit à la terre, à l’eau et aux semences et partenaire de longue date de Pain pour le prochain. C’est un vrai plaisir que de collaborer avec Massa Kone, qui suit actuellement une affaire explosive d’accaparement de terres au Mali dans laquelle est impliquée une multinationale chinoise. L’organisation de Massa Kone s’emploie à soutenir la communauté dont les terres sont visées, et s’attire manifestement les foudres de certains investisseurs et membres de l’élite. Le déroulement de l’agression laisse penser qu’il ne s’agit pas d’un cambriolage « normal » et la famille craint même que les assaillants aient voulu enlever le défenseur du droit à la terre.

Mon travail me met constamment en contact avec des hommes et des femmes intrépides qui défendent les droits humains au péril de leur vie. Le nombre de militant·e·s menacés, comme Massa Kone, et assassinés augmente à un rythme alarmant. Souvent, l’élite locale est de connivence avec les investisseurs étrangers, car les gouvernements pour qui les intérêts économiques priment les droits fondamentaux tirent eux aussi parti de ces pratiques.

À nous d’être solidaires

Au Mali, la situation est très complexe. Le pays est en proie à des troubles politiques et la famine sévit toujours davantage du fait de la pandémie de Covid-19, de sorte qu’il sera encore plus difficile de tirer au clair l’agression qui visait Massa Kone. J’ai toutefois bon espoir que ce cas sera élucidé et que notre partenaire pourra être mieux protégé à l’avenir. En l’occurrence, la solidarité nationale et internationale a une carte décisive à jouer : forte de sa présence dans 14 pays, la CGLTE OA a publié une déclaration, que Pain pour le prochain a aussi souscrite. Nous avons par ailleurs approché la représentation suisse au Mali et l’avons priée de nous soutenir pour amener le gouvernement malien à ouvrir une enquête judiciaire. Quant à elle, la CGLTE OA a pris contact avec des représentations diplomatiques, des institutions régionales et des instances des Nations Unies. La conférence de presse qu’elle a tenue au Mali concernant l’agression contre la famille de Massa Kone a par ailleurs eu un grand écho, ce qui peut aussi constituer une protection. Grâce au soutien financier dispensé par des institutions du Nord, notre partenaire pourra se payer les services d’un avocat, autre preuve de l’importance de notre appui.

Download:
«Déclaration suite à l’attaque à main armée et cambriolage du domicile du porte-parole de la CGLTE OA»

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