Le Mali frappé au cœur de la tourmente

14.05.2020
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Ester Wolf occupe le poste de responsable Droit à l’alimentation chez Pain pour le prochain

La faim aggravée par le coronavirus

Au Mali, la présence militaire et les couvre-feux font partie du quotidien. Et pour cause, voilà longtemps que les troubles qui secouent la région ont entraîné l’instauration d’un état d’urgence. Si une grande partie des habitants et habitantes souffrent déjà de la faim et de la pauvreté, la crise sanitaire menace désormais d’aggraver encore la situation. Il est vrai que les statistiques officielles concernant le nombre de cas et de décès restent relativement basses, mais comment un pays dans lequel seule une infime fraction de la population a accès aux soins de santé pourrait-il recueillir des chiffres réalistes ?

« La population est mal informée », m’explique lors d’une conversation téléphonique Alimata Traoré, la présidente de l’organisation COFERSA, basée dans le sud du Mali, qui regroupe des coopératives de femmes. Et notre partenaire d’ajouter : « Un grand nombre des femmes avec lesquelles nous travaillons ignorent pratiquement tout du virus. Elles se préoccupent vraisemblablement davantage de leur approvisionnement en nourriture que du manque cruel de soins de santé. »

Avant la crise, de nombreux Maliens et Maliennes luttaient déjà pour leur survie, tributaires du peu d’argent qu’ils parvenaient à gagner au jour le jour. Toutefois, depuis que la pandémie a vidé les rues, ils sont privés de travail. De surcroît, il y a moins de nourriture à vendre dans les rues et sur les marchés, car les producteurs·trices préfèrent se constituer des réserves. La chute de l’offre a dès lors provoqué une envolée des prix.

Or, même en temps « normal », les prix des denrées alimentaires augmentent à l’approche de la saison des pluies, où les récoltes deviennent impossibles. « Le coronavirus nous frappe au pire moment qui soit. Nous craignons que la faim se fasse encore plus pressante », se désole Alimata Traoré.

La problématique de la fracture numérique

Au Mali, la population n’attend aucune aide des pouvoirs publics qui portent rarement secours à ceux qui en ont le plus besoin. Un soutien dont les coopératives affiliées à la COFERSA ont également appris à se passer, bien que les réserves de nourriture produites en ces temps difficiles soient insuffisantes. « Nous allons nous rendre en petits groupes dans les villages afin de déterminer ce dont les femmes ont le plus besoin pour l’instant. Nous en profiterons pour leur communiquer des informations sur le virus et les moyens de s’en protéger », annonce Alimata Traoré.

Je suis admirative devant le choix de nos partenaires, qui préfèrent se rendre dans les villages pour porter assistance à la population plutôt que de rester chez elles afin de se protéger contre le virus. Elles ont toutefois bien conscience des risques et appliquent toutes les mesures de protection possibles. Grâce à son téléphone et à son ordinateur portable et à un accès Internet de mauvaise qualité, Alimata Traoré parvient à se tenir au courant de la situation et à partager ces informations avec d’autres personnes, plus isolées que jamais dans ce contexte de crise.

Cependant, sa connexion n’est pas toujours fiable, ce qui l’empêche de participer correctement aux réunions virtuelles qui remplacent désormais les rencontres physiques, comme les conférences de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, dans le cadre desquelles elle intervient en qualité d’experte en matière de droit aux semences pour les pays du Sud. En raison de cette exclusion numérique, il devient plus difficile encore pour les populations de l’hémisphère sud de faire entendre leurs revendications.

 

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