Le parc national de Mayumba, un enfer pour les communautés locales

04.03.2021
ladislasndembet

Ladislas Désiré Ndembet dirige Muyissi Environnement, une ONG gabonaise
membre de l’Alliance contre les plantations industrielles de palmiers à huile
en Afrique de l’Ouest et du Centre soutenue par Pain pour le prochain.

Le parc national met les pêcheurs au chômage

Me voici à nouveau à Mayumba en plein milieu du mois de janvier un ans après mon dernier voyage dans cette localité. La dernière fois que j’y ai été, c’était en mi décembre 2019 avec une jeune équipe de notre organisation non gouvernementale pour une mission auprès des communautés. A la fin de cette mission, j’avais pu m’approvisionner en poisson de Mayumba. Du poisson que raffole toutes les populations de la région sud du pays. Inimaginable de quitter Mayumba sans son poisson de mer. Personne ne croirait que vous y étiez. Moi qui suis originaire de cette petite ville je me suis quand même inquiété de la faible quantité et qualité du poisson qu’on a trouvé. A ce moment, les pêcheurs m’ont répondu qu’avec la présence du parc, ils étaient victimes de nombreuses mesures restrictives. Malgré tout, les autres et moi avions été satisfaits.

Malheureusement pour ce nouveau voyage et cette nouvelle mission les choses ont brusquement changé. De passage au quartier des pêcheurs peuplé particulièrement d’expatriés c’est le silence total. Les pirogues sont visibles sur le rivage, les étales et les fumoirs totalement vides, les pêcheurs dans leurs domiciles respectives. Pourquoi ce climat, ce silence ? C’est la principale question que j’ai posé à quelques responsables de la coopérative des pêcheurs. Réponse : « le nouveau conservateur nous interdit désormais de pratiquer la pêche aux alentours de la côte maritime et de l’embouchure. Il faut aller à sept kilomètres. »

C’est en 2002 que l’ancien président, feu Omar Bongo Ondimba avait procédé à la création de 13 parcs nationaux dont celui de Mayumba, le seul parc marin du pays. La ville de Mayumba connue pour sa riche diversité halieutique est une presqu’île baignée d’un côté par l’océan atlantique et de l’autre par la lagune « Banio ». La rencontre des deux eaux se fait sur une embouchure qui est considérée comme la zone de reproduction des poissons.

La création de ce parc comme tous les autres n’avait fait l’objet d’aucune consultation publique. Si au cours des premières années les communautés impactées n’ont rien ressenti, aujourd’hui la politique de conservation prônée par les autorités gouvernementales devient un véritable enfer pour les populations locales.

A Mayumba, les pêcheurs artisanaux en font les frais depuis quelques mois suite à une décision du nouveau conservateur (un sud-africain d’origine) qui a demandé aux pêcheurs de mener leurs activités au-delà de sept kilomètres après l’embouchure et de la côte maritime. « Sept kilomètres avec des pirogues rudimentaires, c’est aller tout droit au suicide », disent les pêcheurs.

Aujourd’hui ils sont victimes d’une politique de conservation trop contraignante qui a un impact négatif sur leurs activités et sur l’ensemble de la population de cette localité. Cela fait un mois qu’il n’y a pas des pêcheurs en mer au motif que ces pêcheurs artisanaux abuseraient. Dans le même temps, des chalutiers naviguent au large de cette localité en pratiquant une pêche industrielle sans qu’ils ne soient inquiétés. Le pire c’est que ce poisson n’arrive pas dans la ville de Mayumba et peut être même pas dans le pays.

Atteinte à la souveraineté alimentaire

C’est donc sans poisson que j’ai quitté Mayumba tout comme les autres visiteurs dont certains d’entre ces derniers étaient venus spécialement pour s’en procurer. Triste de voir que les habitants sont de plus en plus privés de leur principale ressource au nom de la conservation.

De nombreux habitants de cette localité ne manquent pas de dire que c’est une atteinte à la souveraineté alimentaire. Ils sont nombreux parmi ces habitants qui ne voient plus l’intérêt de vivre dans cette ville dans la mesure ou la conservation est entrain de changer leurs habitudes alimentaires. Certains disent clairement qu’ils ne peuvent plus supporter ce qu’ils qualifient de « dictature » de la part du conservateur qui parle au nom de la loi alors que les textes qui régissent ce domaine ne sont pas encore aboutis. Beaucoup de travail reste encore à faire par les législateurs gabonais pour asseoir un cadre juridique équitable qui prendra en compte les droits coutumiers des communautés locales.

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