Confinement draconien au Honduras

« L’agroécologie nous guide sur la bonne voie »

18.05.2020
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Tina Goethe occupe le poste de cheffe d’équipe Droit à l’alimentation chez Pain pour le prochain.

 

« L’agroécologie nous guide sur la bonne voie »

« Appelle-moi quand tu veux, je suis tout le temps-là », indique Octavio Sánchez, le coordinateur du réseau hondurien d’agroécologie ANAFAE. Avant la crise sanitaire, notre partenaire était en revanche pratiquement injoignable, car il était toujours en déplacement, que ce soit pour participer à une activité dans un village, par exemple sur le thème de la préservation des semences paysannes, ou pour rencontrer des journalistes ou d’autres représentants d’ONG afin de défendre les droits des familles paysannes et des communautés indigènes.

Comme presque partout ailleurs sur la planète, ces activités sont toutes devenues impossibles au Honduras. « J’ai le droit de quitter mon domicile pour faire des courses un jour par semaine, déterminé par le numéro de ma carte d’identité. C’est un véritable drame qui se joue à Tegucigalpa, la capitale, qui compte le plus grand nombre de cas. Les habitant·e·s doivent se cloîtrer chez eux et ne peuvent pas se rendre au travail, ce qui les prive de leurs revenus. La situation est tout aussi tragique à San Pedro Sula, dans le nord du pays, où l’on produit des vêtements et des pièces automobiles destinés à l’exportation vers les États-Unis dans des usines appelées maquilas. Pour des salaires de misère, les ouvriers et ouvrières locaux travaillent dans des conditions de travail proches de l’esclavage, caractérisées par une grande promiscuité. Non seulement les employeurs ont trop tardé avant de fermer les locaux, mais en plus les milieux économiques font désormais pression pour qu’on les rouvre le plus tôt possible. Pourtant, le risque de contagion sur place est très élevé. »

Selon Octavio Sánchez, il est crucial de prendre des mesures pour endiguer la propagation de la maladie, notamment parce que le Honduras est dépourvu de système de soins de santé digne de ce nom. Notre partenaire est préoccupé tant par la santé de la population que par la détresse matérielle des habitant·e·s privés de leurs revenus à la suite des mesures draconiennes adoptées par le gouvernement : « Ici, la plupart des gens travaillent dans le secteur informel. Le couvre-feu prive les chauffeurs de taxi et les marchands ambulants de leur gagne-pain et la nourriture commence à manquer. » Lorsque je l’interroge sur l’aide offerte par les pouvoirs publics, il me répond avec une colère et une frustration palpable dans sa voix : « Le gouvernement a bien annoncé la mise en place d’une aide d’urgence, mais si elle est distribuée, ce sera uniquement aux partisans du pouvoir en place. La corruption a pris une telle ampleur… Les mots me manquent. Je suis écœuré. Et pendant ce temps, nous restons là, impuissants, enfermés chez nous, et nous ne pouvons pratiquement rien faire. »

Distribution de riz et de semences

Au fil de la conversation, il devient toutefois évident que l’organisation ANAFAE et ses réseaux partenaires œuvrent en réalité énormément. « Même si nous ne sommes pas physiquement dans les champs et les villages, nous échangeons en permanence avec nos organisations membres », explique Octavio Sánchez. Et d’ajouter : « Nombre d’entre elles sont sur le terrain et peuvent poursuivre leurs projets. Nous réfléchissons pour l’instant à la manière d’organiser la distribution des denrées alimentaires dans les villages. Pour le moment, les familles paysannes ne manquent pas de maïs et de haricots, car elles en produisent par elles-mêmes, mais elles ne peuvent plus acheter d’huile, de savon et de riz. Et comme les marchés sont fermés, elles font également face à une pénurie de certaines graines, alors que nous sommes à la période des premières semailles. »

Cependant, les familles paysannes sont relativement mieux loties que les citadins et citadines, car elles possèdent un lopin de terre. « La crise nous montre plus clairement que jamais que l’approche de l’agroécologie nous guide sur la bonne voie. De fait, les habitant·e·s qui s’en sortent le mieux sont ceux qui pratiquent le petit élevage et cultivent du maïs, des haricots, des fruits et des légumes. En revanche, ceux qui se sont spécialisés dans la production de café, par exemple, sont plus vulnérables aux crises qui provoquent un arrêt de la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, de nombreux travailleurs·euses journaliers ne perçoivent plus aucun revenu. Le meilleur moyen de se prémunir contre ces situations, c’est de cultiver une parcelle, de diversifier sa production et de participer à des réseaux solidaires qui redistribuent les denrées alimentaires de sorte que tout le monde ait quelque chose. La pandémie met en lumière combien il est important de continuer à lutter pour le droit à la terre et aux semences et à promouvoir les marchés locaux et la cohésion au sein des communautés. En un mot, il s’agit d’opter pour un mode de vie étranger au système capitaliste, qui ne repose pas sur la recherche de profit. »

Octavio Sánchez, qui vit dans la grande ville de Tegucigalpa, se réjouit d’au moins disposer d’une petite cour de 35 m2 : « Même si je n’ai pas le droit de sortir de chez moi, je peux quand même jardiner un peu dans ma cour. » Un réconfort bienvenu : « Il n’y a rien de tel que la nourriture que l’on a produite de ses propres mains. »

 

Octavio nous en dit plus sur la situation des familles paysannes honduriennes et le travail d’ANAFAE

LA SITUATION DE LA FAMILLE PAYSANNE AU HONDURAS (vidéo 1 de 4)

LE TRAVAIL D’ANAFAE AVEC LES FAMILLES D’AGRICULTEURS (Vidéo 2 de 4)

LES SEMENCES ET LES FAMILLES PAYSANNES (Vidéo 3 de 4)

CADRE JURIDIQUE DES SEMENCES AU HONDURAS (vidéo 4 sur 4)

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