La nouvelle loi sur la police, un projet liberticide (3)

08.06.2021
EW_quadrat

Ester Wolf est responsable Droit à l’alimentation chez Pain pour le prochain.

La vague des lois antiterroristes atteint la Suisse

L’adoption de nouvelles lois antiterroristes est une tendance mondiale. J’ai pu le constater en ma qualité de membre du comité de la Plateforme internationale contre l’impunité, pour laquelle je suis de très près les événements politiques en Amérique centrale, et aussi dans le cadre de mon étroite collaboration avec des défenseuses et défenseurs des droits de l’homme d’Afrique de l’Ouest (voir le blogue « Mali : les risques de l’engagement »).

Un grand nombre de nos partenaires qui s’engagent pour les droits humains sont surveillés, menacés et intimidés par la police ou les forces armées de leurs pays. Nous constatons depuis bien longtemps que des lois adoptées en théorie pour lutter contre le terrorisme sont souvent détournées de leur but originel. Les attentats du 11 septembre 2001 ont déclenché une vague de mesures de sécurité et de lois antiterroristes qui n’a pas encore reflué, bien au contraire. Quoique le danger posé par le terrorisme djihadiste en Amérique latine soit faible, de nombreux États continuent à brandir les événements du 11 septembre pour justifier le durcissement de leur législation antiterroriste ou l’adoption de nouvelles lois. Parmi ces pays, nous comptons notamment le Guatemala, le Honduras et le Salvador, où est établie la Plateforme internationale contre l’impunité. Ainsi, un membre de cette plateforme originaire du Guatemala, qui doit préserver son anonymat par souci de sécurité, est régulièrement surveillé par la police.

Jusqu’ici, nos partenaires voient dans la Suisse un exemple de démocratie bien rodée et le fait que Genève accueille le siège du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies confère à notre pays l’image d’un État qui défend ces droits. Or, si elle approuvait le projet de nouvelle loi sur la police, la Suisse ajouterait son nom à la liste des pays qui adoptent une loi antiterroriste clairement en porte-à-faux avec les droits humains inscrits dans les conventions internationales. Dans une lettre de 16 pages qu’elle vient d’envoyer au Conseil fédéral, l’ONU s’inquiète d’ailleurs des graves conséquences de ce projet de loi.

En Suisse, nous ne nous attendons bien sûr pas à ce que la police commette de graves atteintes aux droits humains ou que notre gouvernement cesse de préserver l’État de droit. Mais pouvons-nous réellement en être si sûrs ? Comme bien d’autres personnes, je n’aurais jamais pu imaginer, avant le 11 septembre, que les États-Unis acceptent ou même imposent le recours à la torture. Et j’aurais aussi trouvé absurde, jusqu’il y a une année, que l’on parle sérieusement d’un coup d’État militaire aux États-Unis ou que leur président puisse assister sans intervenir à l’assaut violent du Capitole.

Lorsque je me remémore ces événements et que j’examine à leur lumière la teneur du projet de loi suisse antiterroriste et que j’y ajoute les expériences glanées lors de mon engagement au Sud, la pensée que des événements inattendus pourraient aussi survenir en Suisse ne me semble du coup plus aussi aberrante.

Merci de partager cet article !

Votre don est important

Merci beaucoup pour votre soutien !