Grand retentissement médiatique au Nigeria

25.02.2021
SL

Silva Lieberherr est responsable Agriculture et
Droits fonciers chez Pain pour le prochain.

 

Les plantations n’ont rien d’une forêt

Lorsqu’il s’exprime au sujet des plantations de palmiers à huile, le chef Ajele Sunday, porte-parole du clan Okomu, ne mâche pas ses mots : « Il est consternant que le gouvernement de l’État d’Edo contribue à réduire en esclavage la population en vendant toujours plus de terres à des multinationales. Ces parcelles de forêts servent aux habitant·e·s à produire et à vendre de la nourriture. Où sont-ils censés aller si leurs terres sont vendues ? Au Nigeria, la loi ne protège que les riches, abandonnant à leur sort les pauvres qui vivent dans la forêt, alors qu’ils nous nourrissent. »[1]

Ces paroles trouvent un écho auprès des communautés d’Okomu. Si le terme « esclavage » peut nous paraître quelque peu excessif, le fait est que la situation sur place est dramatique.

Ainsi, le 20 mai 2020, le village de Ijaw-Gbene, dans la région d’Okomu, a été réduit en cendres. Des témoins ont identifié des agents de sécurité de la société Okomu Oil Palm Plantation Plc (OOPC) ainsi que des membres de l’armée nigériane comme les auteurs de cette tragédie. Au cours des années précédentes, pas moins de trois autres villages ont disparu dans les flammes dans des circonstances similaires. OOPC, qui appartient au groupe Socfin, rejette toute responsabilité dans ces affaires.

Le drame du mois de mai a laissé les paysan·ne·s et les pêcheurs·euses locaux sans abri, toutes leurs possessions ayant été détruites par le feu. Les 80 villageois et villageoises ont dû trouver refuge dans des églises et auprès de communautés voisines.[2]

Actions de relation publique engagées

Lorsqu’Ajele Sunday a voulu s’engager pour les victimes, la société responsable a tenté de le diffamer et de démonter ses revendications. Ce à quoi il a souhaité réagir en s’employant à établir les faits sur place, en se rendant chez les villageois·oises pour les aider et les mobiliser, en contactant des journalistes et en organisant des conférences de presse. Pour ce faire, il avait toutefois besoin de fonds. Il ne s’agissait cependant pas d’une somme importante : quelques centaines de francs suffisent souvent déjà pour amorcer un mouvement.

Pain pour le prochain a dès lors offert un soutien financier à Ajele Sunday, avec lequel nous collaborons depuis plusieurs années au sein de différents réseaux, afin qu’il puisse venir en aide aux victimes de l’incendie. Dans des situations aussi difficiles, il est primordial de soutenir la population rapidement et simplement.

Quelque temps plus tard, j’ai pris contact avec lui afin de savoir comment les choses avaient évolué. Euphorique, il m’a répondu que tout allait pour le mieux et qu’il avait réussi à gagner le cœur des gens. L’affaire connaissait visiblement un énorme retentissement dans les médias : selon les informations fournies par notre partenaire, pas moins de 18 chaînes de télévision, 20 médias en ligne et 15 journaux avaient déjà relayé ses revendications, et ce n’était qu’un début. En effet, comme me l’a expliqué Ajele Sunday, les protestations de la population locale ont fait le tour de la Toile.

C’est dans des moments comme celui-ci, où il nous suffit de faire don d’une modique somme d’argent et de témoigner notre solidarité pour réaliser de telles avancées aux côtés de nos partenaires locaux, que je suis particulièrement heureuse de travailler pour Pain pour le prochain.

Ajele Sunday entend appuyer davantage le mouvement de résistance dans la région et lui donner plus de visibilité grâce au chant contestataire « Plantations are not forests » (les plantations n’ont rien d’une forêt), lequel vise à s’opposer à la pratique de la FAO – l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture – consistant à classer les palmeraies dans la catégorie des forêts. De fait, ces monocultures constituées d’interminables alignements d’arbres ne sont rien d’autre que des déserts verts et n’ont aucun point commun avec les forêts au sens propre du terme.

Il est à noter que les communautés touchées par les activités d’OOPC ont adressé une lettre au président nigérian Muhammadu Buhari et au gouverneur de l’État d’Edo, Godwin Obaseki. N’hésitez pas à soutenir leur engagement en signant la pétition suivante (en allemand) : https://www.regenwald.org/petitionen/1224/doerfer-brennen-fuer-palmoel-stopp#more

[1] https://coastaltimesng.com/2021/01/31/marginalization-okomu-community-cries-out-protests-maltreatment-harassment-of-indigenes-by-oil-company/

[2] https://www.regenwald.org/petitionen/1224/doerfer-brennen-fuer-palmoel-stopp#more

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