Effets du coronavirus sur les plantations au Gabon

17.04.2020
ladislasndembet

Ladislas Désiré Ndembet dirige l’ONG Muyissi Environnement,
une organisation partenaire de Pain pour le Prochain au Gabon

«Comment allons-nous nourrir nos familles ?»

Bien installée dans la province de la Ngounié au sud du Gabon, la multinationale Olam Palm Gabon, propriétaire de quatre grandes plantations, cohabite avec plus d’une cinquantaine de village. La société emploie près de sept mille personnes y compris une forte main d’œuvre venant d’Asie. Cette forte concentration humaine constitue un foyer potentiel de propagation de la pandémie liée au coronavirus que le monde entier redoute.

Certes, aucun cas n’a encore été déclaré dans la province de la Ngounié. Mais l’inquiétude est perceptible auprès de l’ensemble des communautés riveraines et des salariés d’Olam. Pour les communautés cette inquiétude se fonde dans le non-respect des contrats sociaux signés avec Olam depuis 2012 et qui concernent les premiers sites*. En effet, depuis qu’Olam a signé ces contrats avec les communautés, il n’y a pas de réel impact positif. Au contraire, victimes d’accaparement des terres, ces communautés n’ont plus assez d’espace pour cultiver, chasser ou pêcher. Désormais, c’est principalement en ville que les femmes doivent se rendre pour se ravitailler.

De sombres perspectives

Sur la base de ce qui précède, je constate que les communautés et les salariés d’Olam, vivant déjà dans la précarité, pourraient vivre des moments plus difficiles si la pandémie du coronavirus faisait son apparition dans la province et, plus précisément, dans les plantations. Pour l’instant, cette pandémie est circonscrite à Libreville, la capitale où les cas ne font qu’augmenter.

Je tiens à souligner que pour limiter la propagation du Covid 19 dans le pays, le gouvernement a lancé des campagnes de sensibilisations en conseillant aux populations et aux entreprises de respecter les « gestes ou mesures barrières », se laver les mains avec du savon ou avec du gel hydro alcoolique, porter des gants et des bavettes etc.  À ces mesures barrières – transmises par l’entreprise Olam sur ces sites, auprès des communautés ainsi qu’auprès des employés – le gouvernement a décrété un confinement partiel, une suspension des transports maritimes, fluviales et ferroviaire ainsi qu’une limitation du nombre des passagers dans les transports terrestres sans oublier un couvre-feu de 19h30 à 6h du matin.

Des licenciements sont à prévoir

L’ensemble de ces mesures ont bien évidemment des conséquences économiques et sociales pour les communautés riveraines et les travailleurs des plantations industrielles de palmiers à huile d’Olam. Parmi les premières décisions prises par la multinationale il y a quatre cent cinquante employés qui ont été mis en congé anticipé et la limitation à 9 personnes dans les véhicules de transport qui en acceptaient 30 auparavant. Malheureusement cette dernière mesure met en difficulté de nombreux employés qui ne peuvent embarquer. « Je ne serai pas pointé du fait de mon absence » m’a confié un des salariés victime de cette mesure un matin avant d’ajouter « nous sommes nombreux dans cette situation. Comment allons faire pour payer nos loyers, nourrir et soigner nos familles » s’est-il interrogé.

D’autres mesures vont suivre, notamment la mise en congé technique d’un bon nombre de salarié. En effet les responsables d’Olam Palm Gabon attendaient la décision du gouvernement qui, sous la pression du Patronat gabonais, a décidé d’allouer un fond d’accompagnement des entreprises dites « citoyennes ». Si cette décision du gouvernement se réalise on espère qu’Olam jouera franc jeu avec ses salariés car, la crise économique engendrée par la pandémie du coronavirus impact autant les employés que les communautés riveraines des plantations industrielles d’Olam Palm Gabon.

 


*Muyissi Environnement, en collaboration avec le WRM (World Rainforest Movement), a publié une étude sur l’engagement de la multinationale Olam au Gabon en février 2020, qui a également été soutenue par Pain pour le prochain dans le cadre de son engagement contre l’accaparement des terres :  

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