Licenciements massifs au Bangladesh

11.04.2020
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Chantal Peyer travaille à Pain pour le prochain
comme cheffe d’équipe Entreprises et Droits humains

Le Coronavirus : un appel pour redécouvrir l’humanité de ceux qui sont à l’autre bout de la chaîne de production

Le Coronavirus : un appel pour redécouvrir l’humanité de ceux qui sont à l’autre bout de la chaîne de production

Imaginez un monde où lorsque vous achetez un t-shirt, vous visualisez l’ouvrière qui l’a cousu souriante, au Bengladesh. Cette ouvrière n’est pas riche, mais elle a un salaire qui lui permet de nourrir sa famille, des horaires décents et une assurance maladie. Ce serait alors une joie d’acheter ce t-shirt et vous en prendriez soin. Parce que cette femme qui l’aurait cousu n’est pas l’autre anonyme que le système écrase et que nous ne voulons pas voir. C’est un maillon modeste, mais essentiel de ce monde, que nous reconnaitrions pleinement dans son humanité.

Notre monde a besoin de redécouvrir la valeur de chaque chose et de chaque être humain. Il redécouvre actuellement, avec la crise du Covid-19, l’importance des vendeuses des grandes surfaces, des éboueurs qui ramassent nos déchets, des routiers qui transportent nos biens, des infirmières et aides-soignantes qui sauvent la vie de nos parents. Sans ces métiers, les moins bien payés de notre société, nous ne pourrions pas traverser cette crise. Nous redécouvrons notre dépendance vis-à-vis de ceux qui, en bas de l’échelle sociale, sortent et s’exposent au virus, pour que nous puissions survivre.

Licenciements massifs pour cause d’annulation de commandes

Cette communauté de destin est à redécouvrir ici, en Suisse, mais aussi vis-à-vis de ceux qui cousent nos t-shirts, assemblent nos smartphones ou récoltent notre cacao dans les pays pauvres. Et sans lesquels nous ne pourrions plus rien acheter. Ou presque. Dans l’industrie textile, la situation est dramatique. Depuis la fermeture des magasins en Europe, les grandes marques ont annulé les commandes en cours, en invoquant une situation de force majeure. Résultat : les usines des pays en développement ont des énormes stocks de vêtements déjà fabriqués, que les marques refusent de payer. A cours de liquidité, ces usines sont obligées de fermer leur porte et de renvoyer chez eux des millions de travailleuses et de travailleurs, sans salaires et sans dédommagement. Rien qu’au Bengladesh, en trois semaines, plus de 1000 usines ont annoncé l’annulation de 864 millions de pièces manufacturées valant 2,81 milliards de dollars. Et le licenciement de plus d’un million d’ouvriers et d’ouvrières. Pour ces travailleurs/euses, cela signifie la faim, la misère, la déscolarisation définitive des enfants et le manque d’accès aux soins.

La responsabilité sociale implique des actions

Cette situation pourrait être évitée. Comme l’a rappelé la présidente de l’association textile du Bengladesh, Rubana Huq, dans une vidéo remarquable, les grandes marques comme Benetton, H&M ou encore Gucci, auront besoin de ces usines, et de leurs employé-e-s, au moment de la reprise. De plus, il ne s’agit pas de charité, mais de payer des pièces commandées et déjà fabriquées qui devraient, selon les contrats, être payées. Les grandes marques qui parlent de responsabilité sociale et de droits humains dans la chaîne d’approvisionnement doivent aujourd’hui mettre en pratique leurs principes.

H&M, comme première entreprise a annoncé, le 31 mars, des mesures pour payer ses fournisseurs. Les autres firmes doivent suivre cet exemple. Quant à nous, citoyen-ne-s suisses, nous devons faire savoir à ces firmes et au monde politique que nous n’acceptons pas que ce soient les ouvriers et les ouvrières le plus pauvres qui paient le prix de la crise. Nous devons réaffirmer que nous voulons être fiers, à l’avenir, d’acheter un t-shirt du Bengladesh, parce que nous sommes conscients que nous partageons une communauté de destin.

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