Communiqué de presse: projet de canne à sucre en Sierra Leone

Addax vend à des investisseurs douteux

07.10.2016

Lausanne/Freetown, 7 octobre 2016 Cest maintenant clair : Addax vend son projet dagrocarburants à Sunbird Bioenergy. Cela promet de créer une percée dans la production d’énergie à partir de canne à sucre et de manioc. Jusqu’à présent, la population de Sierra Leone a surtout été déçue. En effet, il a été démontré que ce genre de projet à grande échelle nest pas adapté au développement durable des régions rurales.

 

En Le projet d’Addax Bioenergy dans la région de Makeni en Sierra Leone est en suspens depuis plus d’un an. Une grande partie des employés sont temporairement sans travail et reçoivent une indemnité en guise de salaire. Les travailleurs saisonniers ont eux perdu leur emploi. « Cela conduit à beaucoup de misère et de manque », constate Mohamed Conteh, directeur de SiLNoRF, l’organisation partenaire de Pain pour le prochain en Sierra Leone. « Depuis qu’elle a été vendue ou louée, la terre manque à la population pour assurer son alimentation. Car les baux de location sont toujours valables. Et d’ailleurs, les dédommagements pour ces terres sont beaucoup trop bas ». Quand pourront-ils compter à nouveau sur des emplois correctement payés ? La question reste ouverte.

 

D’autre part, beaucoup de promesses d’Addax n’ont pas été tenues ou que partiellement. « Cela ne doit pas se reproduire » souligne Conteh. Cela vaut pour les villages concernés mais également pour tout le pays. Addax avait convenu d’améliorer l’approvisionnement en énergie de la Sierra Leone. Jusqu’à présent, elle s’est surtout montrée très vorace en consommation électrique. Seuls 40 pylônes et 10 kilomètres de lignes électriques ont été construits. Et ceci à 140 kilomètres de Freetown, la capitale et pôle économique du pays.

 

Pain pour le prochain soutien SiLNoRF

L’acheteur chinois, financé par Sunbird Bioenergy, a annoncé vouloir reprendre l’activité « dès que possible ». Parallèlement, elle promet des conditions de bail équitables. Et elle poursuit dans son communiqué de vente qu’elle voudrait contribuer au développement des communautés. Silva Lieberherr, spécialiste de l’agriculture et de l’accaparement des terres chez Pain pour le prochain répond à ce propos : « Nous allons continuer à soutenir SiLNoRF, afin qu’avec son renfort, la population puisse défendre ses droits ».

 

Le succès du rachat est lié aux nouveaux capitaux que Sunbird Bioenergy a investis dans Addax Bioenergy. L’argent provient de China New Energy et d’autres investisseurs, d’après une communication boursière de l’entreprise chinoise. Celle-ci figurait sur la liste des « entreprises à la réputation douteuse » de l’observateur indépendant des bourses « Shareprophets ». China New Energy a déjà financés d’autres projets de Sunbird. Avec cette transaction, elle s’assure 23 500 hectares de terres qu’Addax a acquis pour une durée de 50 ans. 10 000 de ces hectares étaient initialement destinés à la production de canne à sucre. Sunbird va maintenant produire sur 2 000 hectares supplémentaires des agrocarburants à partir de manioc, un des aliments de base en Afrique. Après la transaction, la précédente propriétaire d’Addax Bioenergy, AOG basé à Genève, reste associée avec un quart des parts. Sunbird mène également des projets de production d’énergie à partir de canne à sucre et de manioc dans plusieurs pays au sud du Sahara.

 

Les banques d’investissements doivent respecter leurs propres règles

Addax Bioenergy se présentait un temps comme un projet exemple. Il s’était distingué par le label RSB pour la production d’énergie durable et a obtenu des moyens substantiels de la part de banques de développement. AOG les a remboursés. Au travers de la Banque Africaine de Développement et du EAIF (Emerging Africa Infrastructure Fund), la Suisse a également investi dans le projet d’Addax. Ces investissements étaient soumis à des règles mais celles-ci n’ont pas suffisamment été respectées, comme le démontre une étude de Pain pour le prochain et de l’ONG allemande Brot für die Welt. Des améliorations sont nécessaires tout particulièrement en ce qui concerne la transparence et la participation des parties concernées. Addax n’est malheureusement pas une exception et beaucoup d’autres projets s’avèrent finalement des cas d’accaparement des terres avec des conséquences très néfastes pour les populations.

 

C’est pourquoi Pain pour le Prochain demande que la Suisse et tous les autres investisseurs des Banques de Développement suivent scrupuleusement les critères d’octroi de crédits. Aucun soutien ne devrait être accordé à des projets qui conduisent à l’accaparement des terres et mettent en péril la sécurité alimentaire des populations. Cette demande a également fait l’objet d’une interpellation, lors de la session d’automne du Conseil fédéral, de la part de Maja Ingold, conseillère nationale et membre du Conseil de fondation de Pain pour le prochain.

 

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